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Bateaux-dragons, riz gluants et oeufs debouts: tout sur le folklore de la fête des bateaux-dragons

Chaque été, il y a comme de l’électricité dans l’air à Travers Taïwan. L’air se remplit de l’odeur des feuilles de bambou et du riz gluant qui se préparent dans les cuisines. Les rivières revivent au son des tambours et des éclaboussures des rames. Les rues se remplissent de l’odeur de l’armoise pendu aux portes d’entrée. Le Festival du bateau-dragon, l’une des trois célébrations les plus importantes de l’année à Taïwan, ne fait pas que marquer l’arrivée de l’été. Il transforme l’île en une tapisserie vivante de rituels, de senteurs, de compétition et d’esprit de communauté.

Les histoires derrière le cinquième jour du cinquième mois

Tous les enfants taïwanais ont grandi avec les légendes de Qū Yuán, le ministre-poète loyale qui, le coeur brisé par la chute de son royaume, se jeta dans la rivière Miluo. Les pêcheurs se sont précipités sur leurs bateaux pour le retrouver, frappant l’eau pour effrayer les poissons. Cette histoire vit toujours en fond de chaque course de bateau, chaque zòngzi(粽子), et sert de souvenir que la célébration et le souvenir ne sont jamais bien éloignés dans les traditions festives de Taïwan.

Mais il y a une autre histoire tout aussi appréciée des enfants taïwanais: la légende du Serpent blanc (《白蛇傳》). Dans le classique, un tueur de démon utilise du vin pour démasquer l’esprit du serpent blanc, Bái Sùzhēn, qui vivait parmi les humains sous l’apparence d’une femme. Cette histoire a captivé les esprits pendant des générations, entremêlée dans la façon dont les taïwanais appréhendent le pouvoir et le mystère  associés à cette période de l’année.

Les légendes de Qū Yuán et du serpent blanc sont deux des histoires les plus connues pendant la saison de la fête du dragon.

Le cinquième jour du cinquième mois a une signification particulière pour les traditions taïwanaises: il est considéré comme une journée concentrée sur l’énergie du yang, un pique dans la puissance solaire qui revigore et dérange à la fois. C’est pourquoi le festival est associé historiquement à la purification, la protection et à repousser les créatures vénéneuses de l’été. Ce paysage cosmique donne à cette fête son caractère distinctif double : festif et chargé d’un sens plus profond.

Les trois icônes du festival

La course de bateaux-dragons : Entre rituels anciens et pratiques sportives modernes

Ce qui commença comme une recherche solennelle, les pêcheurs battants le tambour sur l’eau pour invoquer l’esprit de Qū Yuán et effrayer les créatures des profondeurs, est devenu l’un des spectacles sportifs les plus excitants. Aujourd’hui, les courses de bateaux-dragons (龍舟,lóng zhōu)sont très compétitives, et un sport très communautaire qui attire des équipes de tous les coins de la société.

Course de bateaux-dragons à Linyuan, Taïwan 2017.

Ce qui rend la culture de la course de bateaux-dragons particulièrement vivante, c’est l’inclusion dont elle fait preuve. Du fait que ce sport partage un grand nombre de similarités avec l’aviron occidental, de nombreux expatriés vivants à Taïwan trouvent que la course de bateaux-dragons est une porte d’entrée dans la culture locale accessible et excitante. Les centres de langues à travers Taïwan forment régulièrement des équipes et participent aux compétitions, créant une scène remarquable sur laquelle les étudiants internationaux, le monde des affaires et les locaux se retrouvent dans la course à ramer et s’encourager à l’unisson. Si vous avez la chance d’être à Taïwan pendant le festival, découvrir ou même participer à une course peut être l’une des manières les plus immédiates de sentir les battements de coeur de l’île.

Zòngzi: un goût au coeur du souvenir

Bien avant de devenir l’un des petits plats préférés des Taïwanais, le zòngzi, ce petit paquet de riz gluant farci et enroulé dans des feuilles de bambou portait un sens qui prend racine dans le respect. Aujourd’hui, son sens s’est adouci en quelque chose de plus agréable et personnel: le souvenir.

Pour la plupart des Taïwanais, l’odeur du zòngzi qui cuit est inséparable de l’enfance. C’est le souvenir de la cuisine des grands-mères, à regarder des mains envelopper le riz dans les feuilles avec patience et savoir-faire, de l’attente d’un après-midi entier que les paquets soient cuits dans une énorme casserole. Ces souvenirs font partis du plat lui-même, quelque chose que vous ressentez dès que vous en défaite un.

Chaque année, un peu avant la fête des bateaux-dragons, les grands-mères et les tantes taïwanaises se rassemblent pour faire des zòngzi.

Le paysage du zòngzi de Taïwan est follement diversifié. Le débat culinaire le plus connu à travers l’île, c’est la grande division nord-sud: les habitants du sud ne jurent que par leur zòngzi sucré, gluant, en général saupoudré de cacahouète, portant une richesse collante et fondue. Les habitants du nord mettent en avant leur version plus ferme et structurée: chaque grain de riz est distinct, le fourrage presque en trois dimensions pour garder la forme. Cette petite dispute se met en place chaque année sur les réseaux à Taïwan et, comme il en va toujours dans la culture taïwanaise en ligne, elle est dépourvue de méchanceté.

Au delà de cette petite rivalité, l’héritage multiculturel de Taïwan produit une variété de zòngzi remarquable. Les communautés hakkas les enveloppent de leur propre manière. Servie froide et trempée dans du milet, les zòngzi alcalins sucrés(鹼粽) font un très bon dessert. Les communautés indigènes, en particulier les austronésiens, préparent l’abai(阿粨) , une variante à base de millet enveloppée de différentes feuilles qui portent une senteur et une signification à part.

Le paysage varié des zòngzi inclu le plus commun, à gauche, le zòngzi sucré, au centre et l’abai aborigène.

On retrouve ensuite le phénomène du zòngzi de luxe. Chaque année, pendant les semaines précédents le festival, les plus grands hôtels et restaurants de Taïwan entrent dans ce qu’on appelle communément aujourd’hui « la course aux zòngzi », en préparant des versions extravagantes avec de l’ormeau, du foie gras, de la truffe noire ou encore des fruits de mer séchés de première classe. Un simple zòngzi peut valoir plus de 1000 NT, et chaque année, les créateurs de contenu cuisine se précipitent pour présenter et critiquer chacun d’eux. C’est devenu un nouveau rituel aimé de tous.

Les plus grands hôtels et restaurants à Taïwan font aujourd’hui des zòngzi extravagants avec des ingrédients luxueux comme l’ormeau.

Herbes et sachets senteur

Les rites de protection de la fête des bateaux-dragons sont liés à l’arrivée de l’été et à celui des insectes, des maladies liées à la chaleur et des dangers invisibles.  Des sachets d’armoise et d’acore sont suspendus aux entrées pour purifier les maisons et repousser les mauvais esprits. Les adultes boivent du vin de réalgar, une tradition liée à la légende du serpent blanc, pour protéger des créatures venimeuses de la saison.

Ce qui est peut-être le plus charmant dans cette tradition, c’est le xiāng bāo(香包) ou un sachet senteur. Ces petits sacs brodés de manière minutieuse sont remplis d’herbes protectrices et donnés à porter aux enfants, symbole de porte bonheur et représentant le talent de la personne  qui l’a confectionné. Ce sont des petites touches d’amour, exprimées à travers l’artisanat.

A l’approche de la fête des bateaux-dragons, on peut trouver des sachets parfumés en forme de zòngzi sur les marchés traditionnels ou encore sur le marché culturel de la rue Dihua à Taïpei.

Ces pratiques sont bien évidemment moins communes pour la jeune génération, mais elles sont loin d’être oubliées. Pour les anciennes générations, elles restent d’importants ancrages identitaires et de souvenirs. Si vous souhaitez être les témoins de ces traditions, une visite dans la rue Dihua à Taïpei pendant le festival ne manquera pas de vous étonner. Le marché historique est rempli de vendeurs de sachets senteur, d’armoise séchées et autres herbes, des archives vivantes de la tradition pharmaceutique de l’île.

Les touches moderne de ce festival

Le défi de l’oeuf debout

A midi pile au soleil le jour de la fête des bateaux-dragons, la tradition se retrouve en cuisine ou dans le salon : les gens tentent de faire tenir un oeuf cru debout sur une surface plane. On pense que l’énergie yang de ce moment de la journée rend la chose possible et que si on y parvient, on aura de la chance toute l’année. Que la physique soit de la partie ou non, le défi annuel de l’oeuf debout s’est revigoré à travers les réseaux sociaux, alors que les Taïwanais partagent leur succès (ou leur échec) en ligne. C’est un exemple parfait de la façon dont les taïwanais remettent les vieilles traditions au goût du jour.

Aujourd’hui, le jour de la fête des bateaux-dragons, il est de mise pour les Taïwanais de poster ses tentatives de faire tenir un oeuf debout sur les réseaux.

L’eau de midi et son utilité moderne

Wǔ shí shuǐ(午時水), ou l’eau de midi pour la fête des bateaux-dragons, est connue pour apporter une énergie purificatrice dans la tradition, amplifié par le pique d’énergie yang de cette journée la plus yang de l’année. Beaucoup de gens prennent encore cette eau et la stockent et ce qui est fascinant, c’est ce que l’entreprenariat a fait de ce concept. Les artisans combinent l’eau de midi à des herbes purifiantes comme l’armoise pour créer des savons, des sels de bain et autres qui se vendent la semaine suivant le festival. C’est la tradition qui se mêle à la culture du bien-être, une fusion taïwanaise distincte.

Venez découvrir la fête des bateaux-dragons par vous-même

Le festival des bateaux-dragons de Taïwan est plus qu’une journée sur le calendrier. C’est une fenêtre sur la façon dont l’île porte le passé et le présent dans la même main, dans laquelle les légendes anciennes et le poste du samedi matin sur les réseaux peuvent coexister paisiblement, où un plat vieux de 1000 ans peut lancer un débat annuel et où une rivière peut devenir un lieu de souvenir solennel et de pur plaisir sportif.

Que vous veniez pour faire une course de bateaux-dragons aux côtés des locaux et de visiteurs internationaux, goûter toute sorte de zòngzi, trouver un sachet senteur brodé à la main dans la rue Dihua , ou simplement pour tenter de faire tenir un oeuf debout, la fête des bateaux-dragons de Taïwan vous offre des souvenirs qu’aucune autre destination ne peut répliquer. L’île vous attend au son des tambours et aux odeurs de bambous et autres.

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