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Article de fond

Bénédictions calligraphiées et gravées: La calligraphie au coeur du quotidien à Taïwan

À Taiwan, les mots sont rarement juste des mots. Ils sont des gestes. Ils sont des offrandes. Ils sont des promesses visibles.

À travers l’île, vous trouverez des caractères calligraphiés sur des pierres, peintes sur des plaques de bois, suspendues au dessus de l’entrée d’un temple, sur des pancartes à l’ouverture d’un magasin, ou encore imprimées en lettres dorées sur les invitations de mariage. Cette pratique est connue sous le nom de tí zì (題字), qui signifie « mots inscrits ». Cependant, la traduction littérale manque de chaleur. À Taïwan, ces inscriptions sont  signes d’un acte social. Elles transmettent le respect, la bénédiction, la gratitude et l’aspiration morale, sous une forme qui peut être touchée, présentée et rester en mémoire.    

Pour les lecteurs plus habitués aux cultures alphabétiques, il peut être utile de savoir que Taïwan est l’un des rares endroits du monde sinophone à avoir pleinement préservé les caractères traditionnels dans le quotidien. (Pour en savoir plus sur les traditions écrites, la culture et les arts de Taïwan, cliquez ici !) Ces caractères, avec leurs traits superposés et leur équilibre visuel, ne sont pas seulement des outils linguistiques, mais aussi des compositions esthétiques. Ici, la calligraphie n’est pas une relique de musée ; elle reste ancrée dans la vie publique. Pour étudier, faire des affaires ou nouer des relations à Taïwan, comprendre la culture de l'écriture est un moyen subtil mais puissant de s'intégrer à la société.

Inscriptions de valeurs et d’héritage

Entrez dans un temple taïwanaise et vous pénétrez dans une forêt de mots. Suspendues à l’horizontal, au dessus des portes, on trouve les biǎn é(匾額), alors que les couplets verticaux (yínglián) se trouvent sur les piliers. Ceux-ci ne sont pas seulement des éléments décoratifs, ils sont là pour marquer l’importance du lieu, et rappeler ses valeurs aux visiteurs.

La plaque 全臺首學 marque l’importance que le Temple de Confucius de Taïnan porte dans l’Histoire taïwanaise. (臺南旅遊網提供)

Dans le Temple de Confucius de Taïnan(臺南孔廟), on peut lire sur une plaque les mots “全臺首學”, c’est à dire “Première Académie de Taïwan.” Plus qu’une manière de se targuer, il s’agit de mettre en avant la continuité historique: il s’agit en effet de la plus ancienne école confucéenne sur l’île qui en plus d’offrir aux jeunes du XVII ème siècle une chance de s’éduquer, ancrait  Taïwan au sein d’une large tradition éducative en Asie de l’Est.

Les inscriptions sur le temple Xingtian demandent aux fidèles d’être ouverts d’esprit et honnêtes.

Le Temple Xingtian de Taïpei(行天宮)vénère Guanyu(關羽), un général de l’armée déifié, connu pour son intégrité et son amour des classiques de Confucius.  Ici, les visiteurs ne peuvent passer une porte sans voir les plaques marquées “赫赫” et “巖巖”. Extraits du Classique des vers de Confucius(詩經), ces inscriptions rappellent aux fidèles de prendre  exemple sur le livre de Guanyu, de rester vrai, ouvert et honnête. Si vous vous rendez dans les toilettes de ce temple, vous trouverez des inscriptions“洗心問心” sur les miroirs, priant de « se nettoyer et de questionner son coeur ». La phrase invite à l’introspection avant la prière, rappelant aux fidèles que la morale vient avant la requête.

Dans le Temple Xingtian il n’est pas seulement demandé de se laver les mains, mais également de « laver son coeur ».

Des rappels similaires sont faits dans le temple Kuanti à Kaohsiung(高雄武廟), un autre temple dédié à Guanyu, mais plus pour sa vaillance. Juste au dessus du hall principal,  les mots, “忠義千秋” proclament “des milliers d’années de loyauté et de droiture” honorant la déité martiale comme éternel modele d’intégrité pour ses fidèles.

Dans le Temple Kuanti à Kaohsiung, on valorise la vaillance de Guanyu et le succès militaire, ainsi la plaque appelle à la loyauté et à la droiture plutôt qu’à l’introspection.

Marques culturelles dans les grands lieux publiques

On ne trouve pas les tí zì seulement dans les lieux religieux. À l’extérieur de l’un des lieux les plus touristiques de Taïpei , le Mémorial Chianh Kai-Shek, se trouve une grande place qui a été lieu de nombreuses manifestations et de rassemblements marquants, d’années de protestations pour l’obtention de droits et de libertés. Il va de soit d’ériger une arche parée des mots “自由廣場”, qui signifient « Place de la liberté, » un nom reflet de l’évolution démocratique de Taïwan.

L’inscription du square de la liberté est une marque de l’Histoire dont cette place a témoigné à travers les décennies.

En marge des plaques avec de simples inscriptions, les tí zì peuvent prendre des formes plus complexes et élaborées. Dans l’aéroport international de Taoyuan, Taïwan, « le mur de la littérature » accueillent les voyageurs avec des mots de bienvenue, des bons voyages et autres souhaits de beaux souvenirs, écrits en script par l’artiste calligraphe Chu Chen-Nan. Cela suggère que la porte d’entrée de Taïwan est une ouverture sur son abondante culture littéraire.

Le mur de la littérature à l’aéroport international de Taoyuan salue les voyageurs avec des extraits du poème ‘En Voyage– Ode pour l’aéroport’.(昇恆昌免稅商店提供)

Au dessus de l’entrée du Hall de Concert National on peut voir une oeuvre de calligraphie gigantesque écrite par l’artiste calligraphe taïwanais de renom, Tong Yang-tze. Tiré de Classique en vers, les mots “瑟兮僩兮,赫兮咺兮” se traduisent par « si détendu et pourtant si élégant, si ouvert et pourtant si digne. » Les traits de calligraphie dansent librement à travers l’immense canevas, avec un tempo rubato et des lignes cantabile, évoquant l’harmonie raffinée,  une invocation parfaite pour un hall d’entrée dédié à la musique.

Le tí zì géant de Tong Yang-tze décore le Hall d’entrée de la salle de concert nationale de Taïwan.

Lorsque les mots deviennent un cadeau

Dans les lieux publics, les tí zì existent dans un but décoratif ou pour amplifier certaines valeurs et leurs rapports au lieu. Cependant, dans la vie de tous les jours, les Taïwanais utilisent aussi les tí zì pour donner leur bénédiction. Il peut s’agir d’une simple écriture à la main sur une enveloppe rouge, de mots imprimés sur une bannière pour célébrer un événement ou d’une plaque pour un ami à accrocher à un mur dans un nouveau magasin.

Cette bannière dit « Que notre lien d’amitié dure toujours », un tí zì parfait pour un cadeau d’une association d’étudiants de Pingtung à leur confrères de Malaisie.(急印夢工廠 提供)

Parmi tous ces exemples, vous vous rendez compte à quel point les inscriptions ne sont jamais un hasard à Taïwan. Chaque occasion appelle des phrases différentes, et le choix d’un de ces idiomes de quatre caractères à un sens. Ces phrases sont courtes mais elles ont un sens culturel profond. Offrir le mauvais idiome serait source d’embarras. Au contraire, faire le bon choix démontre une grande attention et le respect.

Ci-dessous, nous ferons la liste de phrases rencontrées dans des occasions communes pour ne pas vous sentir perdu lorsque vous ferez face à cette magnifique forme d’art.

Pour un professeur:

  • 杏壇之光(xìng tán zhī guāng):Littéralement « la gloire du podium de l’abricot ». Le podium de l’abricot représente l’academie alors que Confucius est dit avoir enseigné à ses élèves sur un podium au milieu d’abricotiers.
  • 春風化雨(chūn fēng huà yǔ): Littéralement ‘Nourrir les récoltes avec la brise de printemps et la pluie ». Cette phrase décrit un professeur influençant ses élèves de manière lyrique.
  • 有教無類(yǒu jiào wú lèi):Enseigner sans faire la différence de statu et de classe. Cette phrase est utilisée en général pour les professeurs qui se vouent à  partager la connaissance de manière universelle.
  • 百年樹人(bǎi nián shù rén):Cela signifie de manière littérale « cultiver les gens pendant des siècles » qui est un extrait de la phrase « il faut 10 ans pour faire pousser un arbre et 100 ans pour éduquer une personne cultiver », faisant écho à la pédagogie de Confucius.

Pour le corps médical (en particulier les médecins):

  • 懸壺濟世(xuán hú jì shì):Littéralement ‘sauver le monde de la maladie avec une gourde en calebasse pendue bien haut ». D’après la tradition, les médecins d’Asie de l’Est conservaient leurs herbes dans une gourde en calebasse, et cette phrase décrit comment les médecins se vouent à soigner les gens et à les libérer de leurs peines.
  • 妙手回春(miào shǒu huí chūn):Fait l’éloge du talent du médecin qui aurait des mains miraculeuses au point de faire rajeunir.

Cette plaque se trouvant dans une clinique dentaire de Taïpei fait l’éloge des talents du dentiste qui y exerce.

Pour le monde de l’hospitalité (hôtels et restaurants):

  • 賓至如歸(bīn zhì rú guī):Que les clients se sentent chez eux.
  • 近悅遠來(jìn yuè yuǎn lái): Les gens d’ici et de là-bas se rassemblent ici avec plaisir.
  • 高朋滿座(gāo péng mǎn zuò):Que les sièges soient remplis de clients honorables. Uniquement pour les restaurants.

Pour les affaires en général:

  • 生意興隆(shēng yì xīng lóng):Que votre business soit florissant et prospère
  • 蒸蒸日上(zhēng rì shàng):Que votre business  prenne de l’essor jour après jour
  • 業績長虹(yè jīcháng hóng):Que les ventes soient toujours au rendez-vous!

Cette culture du « cadeau des mots » rend les tí zì biographiques. Elle veut conserver les relations sur la scène publique: Une plaque sur le mur témoigne de qui a félicité qui et pour quelle raison. Des années plus tard, l’objet est toujours là comme un témoin silencieux. Pour plus d’idiomes à offrir pour un mariage, un anniversaire, ou une promotion, jetez un oeil à notre article sur les enveloppes rouges.

Comment lire les tí zì?

Pour beaucoup de Taïwanais, lire les inscriptions dans le bon ordre est une seconde nature. Pour un lecteur étranger, cela peut sembler un peu flou jusqu’à ce qu’on connaisse les codes. La plupart des calligraphies formelles suivent une structure formelle:

Cet exemple est une plaque trouvée dans une clinique dentaire à Taïpei. L’idiome en quatre caractères au centre fait l’éloge de « la main de maître et du coeur de soigneur » du praticien.  Sur la droite, la plus petite inscription indique que l’oeuvre est dédiée à l’ouverture de la clinique. De l’autre côté, la petite inscription indique que la personne qui a offert cette plaque est le président d’une association d’art à Taoyuan (probablement un ami du dentiste) et qu’elle a été offerte au début de l’été 1987.

La pointe vivante du pinceau

Dans le Taïwan moderne, on tape les mots bien plus qu’on ne les écrit. Peu de jeunes composent de longs textes à la main avec un pinceau. Pourtant, la culture des inscriptions demeure vive précisément parce qu’elle insert la calligraphie dans des moments significatifs.

De ce fait, les Tí zì représentent une application moderne d’un art classique. Ils sont un prolongement de l’esprit des caractères traditionnels dans la vie contemporaine. En préservant la culture des tí zì, Taïwan ne fait pas que préserver un système d’écriture, elle donne une place à cette philosophie visuelle formée à travers les millénaires.  

Ainsi, la prochaine fois que vous préparez un cadeau pour un ami taïwanais, pensez à y ajouter 4 caractères choisis avec soin. Une oeuvre de calligraphie encadrée  (même commissionnée) dévoile une attention loin de l’ordinaire. Cela montre que vous n’avez pas simplement appris la langue, mais que vous avez également pris la peine de comprendre la culture impliquée.

本文首圖為橫山書法藝術館《當下・朱振南書藝展》展品,為桃機書法牆「機場之歌」原作,感謝南院藝術提供。

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